{"id":103,"date":"2020-09-28T14:10:47","date_gmt":"2020-09-28T12:10:47","guid":{"rendered":"https:\/\/light-fold.art\/ch\/?p=103"},"modified":"2023-01-16T17:09:23","modified_gmt":"2023-01-16T16:09:23","slug":"sixteen-jackies-1964","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/i-les.ch\/lightfold\/2020\/09\/28\/sixteen-jackies-1964\/","title":{"rendered":"Sixteen Jackies, 1964"},"content":{"rendered":"\n<p>Deuxi\u00e8me semaine de cours, je m&rsquo;att\u00e8le \u00e0 la t\u00e2che : j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de prendre une nouvelle (bonne) habitude, celle d&rsquo;\u00e9crire une br\u00e8ve hebdomadaire qui retrace les contenus de pens\u00e9e qui m&rsquo;ont occup\u00e9e durant la semaine. Avec la reprise des cours, ceux-ci sont nombreux, et je retrouve la joie, le plaisir de n&rsquo;\u00eatre plus la seule \u00e0 penser dans ma t\u00eate (l&rsquo;ai-je d&rsquo;ailleurs jamais \u00e9t\u00e9 ?). <\/p>\n\n\n\n<p>Je veux\ntravailler de m\u00e9moire vive, sans replonger dans mes notes, pour marquer, dans\nle m\u00eame mouvement, quelle image, quelle id\u00e9e a frapp\u00e9 la surface lisse de ma\nconscience en y laissant une trace durable, perceptible encore plusieurs jours\napr\u00e8s. Parce que cette saillance m\u00e9morielle, elle est au cours de mes\nr\u00e9flexions sur l&rsquo;usage personnel de l&rsquo;image. J&rsquo;y reviendrai. <\/p>\n\n\n\n<p>Les deux images \u00e0 l&rsquo;honneur cette semaine &#8211; et c&rsquo;est une plaisir de les nommer, tant elles se trouvent aux antipodes des images qui d&rsquo;habitude m&rsquo;int\u00e9ressent &#8211; ce sont deux \u0153uvres s\u00e9rigraphiques de Warhol (dont je n&rsquo;ai plus le titre exact en t\u00eate) : les deux pr\u00e9sentent des s\u00e9ries de portraits, l&rsquo;une de Monroe, l&rsquo;autre de Jacqueline Kennedy. Si le m\u00eame portrait est r\u00e9p\u00e9t\u00e9 dans le cas de Monroe, c&rsquo;est une autre histoire avec l&rsquo;\u00e9pouse Kennedy : sur les quatre lignes de portraits, le premier la montre sortant de l&rsquo;avion, quelques heures avant l&rsquo;assassinat de son mari, souriante, d\u00e9tendue ; puis quelques moments apr\u00e8s l&rsquo;assassinat, le jour-m\u00eame ; puis le jour de l&rsquo;enterrement ; et la derni\u00e8re ligne la pr\u00e9sente une fois de plus souriante, avant le drame. Warhol, pour ses s\u00e9rigraphies, d\u00e9coupe au plus pr\u00e8s du visage des photographies de presse. Ces temporalit\u00e9s diff\u00e9rentes, l&rsquo;avant et l&rsquo;apr\u00e8s, symbolis\u00e9es par l&rsquo;expression du visage, sont r\u00e9unies sur une m\u00eame surface ; chaque \u00e9motion r\u00e9p\u00e9t\u00e9e quatre fois, et d&rsquo;une ligne \u00e0 l&rsquo;autre, le visage se tend, le regard s&rsquo;absente, la paupi\u00e8re s&rsquo;alourdit. Ce qui m&rsquo;a marqu\u00e9 dans ces images, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9motion tr\u00e8s forte qui surgit quand on se donne le temps, quand on lui donne le temps, de prendre toute l&rsquo;ampleur qu&rsquo;elle contient. Quand on d\u00e9passe la surface de l&rsquo;\u0153uvre pour aller \u00e0 la photographie de presse, puis la surface de la photographie pour aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, le moment humain qui a \u00e9t\u00e9 captur\u00e9, puis ce moment humain qu&rsquo;on <em>sait<\/em> sans pouvoir le <em>voir<\/em>, mais qu&rsquo;on peut, humains nous-m\u00eame, <em>sentir <\/em>et <em>vivre : <\/em>on aboutit alors \u00e0 ce sourire tendre, \u00e0 la proximit\u00e9 des \u00e9poux, \u00e0 la chaleur de leurs corps c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, on aboutit \u00e0 ce moment de l&rsquo;<em>avant<\/em>, de l&rsquo;ignorance du sourire, et nous, spectateurs futurs, spectateurs avertis, on se trouve soudain devant l&rsquo;ab\u00eeme vertigineux de ce temps qui passe et de ce destin qu&rsquo;on ne peut pr\u00e9voir. On peut rendre toute l&rsquo;humanit\u00e9 et toute la d\u00e9tresse au passage in\u00e9luctable, immortalis\u00e9 en photo, comprim\u00e9 dans l&rsquo;\u0153uvre de Warhol, de l&rsquo;<em>avant<\/em> \u00e0 l&rsquo;<em>apr\u00e8s<\/em>, car l&rsquo;on a tous, dans nos souvenirs, une transition similaire : une perte. Et on se souvient de l&rsquo;avant, de l&rsquo;insouciance, du voile qui nous gardait de la d\u00e9tresse \u00e0 venir ; et ce moment-l\u00e0, pur cristal de m\u00e9moire, devant le gouffre qui s&rsquo;ouvre sans s&rsquo;\u00eatre annonc\u00e9 encore, il poss\u00e8de cette <em>texture<\/em> si particuli\u00e8re. Je ne saurais comment le d\u00e9crire, sinon de dire, c&rsquo;est bien de cette texture-l\u00e0 que se nourrit la po\u00e9sie. <\/p>\n\n\n\n<p>Et me\nvoil\u00e0, un peu chancelante \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur car cette humanit\u00e9-l\u00e0, cette capsule\nd&rsquo;\u00e9motion, est si vive et si belle &#8211; que je n&rsquo;ajouterai rien. Ainsi s&rsquo;ach\u00e8ve la\nbr\u00e8ve de la semaine. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Pour contempler l&rsquo;oeuvre dont il est question :<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.artsy.net\/artwork\/andy-warhol-sixteen-jackies\">https:\/\/www.artsy.net\/artwork\/andy-warhol-sixteen-jackies<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Vinciane Vuilleumier<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deuxi\u00e8me semaine de cours, je m&rsquo;att\u00e8le \u00e0 la t\u00e2che : j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de prendre une nouvelle (bonne) habitude, celle d&rsquo;\u00e9crire une br\u00e8ve hebdomadaire qui retrace les contenus de pens\u00e9e qui m&rsquo;ont occup\u00e9e durant la semaine. 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