{"id":127,"date":"2021-07-20T16:44:34","date_gmt":"2021-07-20T14:44:34","guid":{"rendered":"https:\/\/light-fold.art\/ch\/?p=127"},"modified":"2023-01-16T17:09:47","modified_gmt":"2023-01-16T16:09:47","slug":"la-beaute-comme-emotion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/i-les.ch\/lightfold\/2021\/07\/20\/la-beaute-comme-emotion\/","title":{"rendered":"La beaut\u00e9 comme \u00e9motion"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le Mus\u00e9e d\u2019art de Pully expose jusqu\u2019en novembre\nune s\u00e9lection d\u2019\u0153uvres abstraites de la Fondation Gandur pour l\u2019art, bas\u00e9e \u00e0\nGen\u00e8ve. L\u2019occasion pour les amateurs d\u2019abstraction d\u2019exercer leur sensibilit\u00e9\nau contact des divers courants de l\u2019abstraction de l\u2019apr\u00e8s-guerre. De\nl\u2019abstraction gestuelle et po\u00e9tique d\u2019un Georges Mathieu aux formes \u00e9pur\u00e9es\nd\u2019un Vasarely, en passant par les reliefs patients d\u2019un Riopelle&nbsp;: dans\nl\u2019espace intimiste du mus\u00e9e, la rencontre d\u2019\u0153uvres rarement pr\u00e9sent\u00e9es au\npublic saura ravir tous les publics. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les tableaux nous apprennent \u00e0 voir. Ils\nexercent notre sensibilit\u00e9&nbsp;: par les tableaux, le pays deviendra paysage.\nAlain Roger parle de l\u2019artialisation <em>in visu<\/em>&nbsp;: les productions\nculturelles, artistiques ou litt\u00e9raires, constituent dynamiquement des r\u00e9gimes\nde vision en nous montrant comme voir esth\u00e9tiquement des portions du r\u00e9el qu\u2019on\nsurvolait jusqu\u2019alors. Le premier pays a \u00eatre devenu paysage, c\u2019est la\ncampagne, puis il y a eu le bord de mer, l\u2019immensit\u00e9 de l\u2019oc\u00e9an, le spectacle\ngrandiose des Alpes. A force d\u2019avoir vu de si belles repr\u00e9sentations, on porte\nun \u0153il neuf et sensible sur le r\u00e9el lorsqu\u2019il se pr\u00e9sente dans ces formes\ncontempl\u00e9es ailleurs. <\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9f\u00e9rence de l\u2019abstraction<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019en est-il de l\u2019art qui s\u2019est affranchi des\nformes&nbsp;? Les applications \u00e9paisses au couteau, les coulures, les\ngrattages, tous les jeux de mati\u00e8re de l\u2019art abstrait \u2013 que nous apprennent-ils\n\u00e0 voir&nbsp;? O\u00f9 devons-nous trouver plus tard, le regard affin\u00e9, ces portions\nde r\u00e9el qu\u2019ont captur\u00e9s les toiles abstraites&nbsp;? Vers o\u00f9 diriger notre\nsensibilit\u00e9 nouvelle aux reliefs de l\u2019huile et de l\u2019acrylique&nbsp;? Certains\nartistes laissent des indices&nbsp;: on s\u2019approche de l\u2019\u0153uvre et on aper\u00e7oit du\nsable, des bris de verre ou de bois, des corps captur\u00e9s dans le monde commun et\nrecevant dans l\u2019antre de l\u2019atelier une nouvelle mission&nbsp;: montrer la\nbeaut\u00e9 de ce qu\u2019on ignore. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019art et le temps qui passe<\/p>\n\n\n\n<p>Que nous montre l\u2019art abstrait&nbsp;? Il nous\ndessine devant les yeux, dans les reliefs de son corps, tout \u00e0 la fois l\u2019acte\nhumain cr\u00e9ateur au contact de la mati\u00e8re et le temps inexorable qui emporte et\nemm\u00e8ne. Le romantisme avait fait battre une premi\u00e8re fois le c\u0153ur du\ntemps&nbsp;: en nous montrant les ruines des anciens dans ses lumi\u00e8res\nnostalgiques, dans ses cieux tortur\u00e9s, il nous donnait \u00e0 sentir l\u2019\u00e9vanescence\nde la vie humaine et sa magnifique pr\u00e9gnance dans la mati\u00e8re, pr\u00e9gnance qui\nsurmonte le cours du temps et fait communiquer les \u00eatres par-del\u00e0 le vide\nlaiss\u00e9 par la mort.La m\u00e9ditation sur le temps, la m\u00e9ditation sur la mort \u2013\nl\u2019approfondissement du sentiment de vivre, de l\u2019exp\u00e9rience humaine, par le\nretentissement des \u00e9motions. Apprendre \u00e0 vivre, c\u2019est apprendre \u00e0 sentir tout\nce que vivre peut <em>\u00eatre<\/em>. La beaut\u00e9, on dit que c\u2019est l\u2019harmonie des\nformes&nbsp;\u2013 mais non. Ce serait bien trop superficiel&nbsp;: la beaut\u00e9\napprend toute sa profondeur quand elle se reconna\u00eet dans l\u2019\u00e9motion. Si l\u2019esprit\na le r\u00f4le de stabiliser l\u2019exp\u00e9rience pour nous garder de l\u2019effroi du chaos\noriginel, l\u2019\u00e2me \u2013 en tant que corps sensible de l\u2019\u00eatre \u2013 ouvre tous les pores\nde l\u2019existence par l\u2019intensit\u00e9 des \u00e9motions. C\u2019est le romantisme, encore, qui a\nport\u00e9 devant le monde la beaut\u00e9 comme \u00e9motion en nous offrant le <em>sublime<\/em>.\n<\/p>\n\n\n\n<p>La mati\u00e8re picturale comme chair sensible<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019art abstrait travaille la chair du sentiment,\nlui aussi. Les surfaces lac\u00e9r\u00e9es, les \u00e9paisseurs grav\u00e9es, les toiles\ngribouill\u00e9es, les traces de mains \u2013 c\u2019est la mise en beaut\u00e9, la mise en po\u00e9sie\nde la d\u00e9cr\u00e9pitude. C\u2019est une ode \u00e0 l\u2019usure, et l\u2019usure est belle parce que le\ntemps qui passe est tellement charg\u00e9 d\u2019\u00e9motion. Comme la larme de Barthes\ndevant la photographie d\u2019enfance de sa m\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;elle a \u00e9t\u00e9, en effet,\nce moment a \u00e9t\u00e9 dans un temps lointain, dans un pass\u00e9 qui m\u2019\u00e9chappe mais dont\nla trace m\u2019\u00e9meut&nbsp;\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u0153il sensibilis\u00e9 aux textures du monde<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019art abstrait forme l\u2019\u0153il aux mati\u00e8res\nmarqu\u00e9es par le temps, comme le romantisme enseignait la nostalgie du temps\nperdu devant les ruines antiques. O\u00f9 trouver le r\u00e9el que chante au couteau\nl\u2019art abstrait&nbsp;avec ses reliefs d\u2019huile et&nbsp;d\u2019acrylique&nbsp;?\nPartout, pour ainsi dire \u2013 et le tissu urbain, dans toutes ses textures,\n\u00e9mergent dans une lumi\u00e8re aveuglante. Le graffiti illisible sur le mur d\u00e9cr\u00e9pit\nde la gare, les pierres us\u00e9es par les pas dans le clocher de l\u2019\u00e9glise, les\nfibres de bois craquel\u00e9es de la porte en vieille ville\u2026 tout peut devenir un\nt\u00e9moignage de ce temps qui file et de ces mains humaines qui ont laiss\u00e9 la\ntrace d\u2019un instant vivant comme celui que l\u2019on vit dans la contemplation. <\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019usage personnel de l\u2019art<\/p>\n\n\n\n<p>On dit que les tableaux apprennent \u00e0 voir, que\nl\u2019art peut changer la vie. On explicite moins souvent la nature exacte de cette\ntransaction. On ne peut marteler la r\u00e9alit\u00e9 en vue d\u2019un id\u00e9al en utilisant\nl\u2019\u0153uvre d\u2019art comme marteau. Avoir produit l\u2019\u0153uvre, ce n\u2019est pas suffisant.\nDire que l\u2019\u0153uvre change quelque chose \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, ce n\u2019est pas suffisant.\nPr\u00e9tendre qu\u2019on a pris conscience, ce n\u2019est toujours pas suffisant. La boucle\nest seulement boucl\u00e9e quand le savoir devient savoir-faire \u2013 quand le contenu\nintellectuel, formul\u00e9 par l\u2019esprit en d\u00e9duction des sensations, devient\n\u00e9motion, devient chair et module l\u2019\u00eatre-au-monde que nous sommes. Faire et\nconsommer de l\u2019art restent lettre morte tant que la substance con\u00e7ue lors de la\nrencontre ne se transforme pas en un savoir-\u00eatre nouveau. La connaissance qu\u2019on\nconstruit \u00e0 partir de l\u2019art n\u2019est qu\u2019un premier temps, car le corps est\nl\u2019origine et la finalit\u00e9&nbsp;\u2013 et il ne fonctionne pas sur le mode de la\nconnaissance, mais du savoir-faire. La ph\u00e9nom\u00e9nologie est le point de d\u00e9part et\nla pragmatique sa ligne d\u2019arriv\u00e9e. Ainsi seulement, je crois, l\u2019art est un\noutil de vie. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Mus\u00e9e d\u2019art de Pully expose jusqu\u2019en novembre une s\u00e9lection d\u2019\u0153uvres abstraites de la Fondation Gandur pour l\u2019art, bas\u00e9e \u00e0 Gen\u00e8ve. L\u2019occasion pour les amateurs d\u2019abstraction d\u2019exercer leur sensibilit\u00e9 au contact des divers courants de l\u2019abstraction de l\u2019apr\u00e8s-guerre. 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