{"id":81,"date":"2020-09-07T15:05:22","date_gmt":"2020-09-07T13:05:22","guid":{"rendered":"https:\/\/light-fold.art\/ch\/?p=81"},"modified":"2023-01-16T17:09:08","modified_gmt":"2023-01-16T16:09:08","slug":"la-diligence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/i-les.ch\/lightfold\/2020\/09\/07\/la-diligence\/","title":{"rendered":"La diligence"},"content":{"rendered":"\n<p>Le feu cr\u00e9pite dans l\u2019\u00e2tre. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je devais avoir vingt ans.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Une d\u00e9licate volute de fum\u00e9e s\u2019\u00e9l\u00e8ve dans la\npi\u00e8ce. La main sur sa pipe ouvrag\u00e9e, il ferme les yeux un instant. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je devais me rendre au chevet d\u2019une\ntante et j\u2019avais pris la diligence peu apr\u00e8s midi. La route ne devait pas \u00eatre\nlongue, mais une m\u00e9chante orni\u00e8re ab\u00eema la roue. Les trois autres passagers et\nmoi-m\u00eame d\u00e9cid\u00e2mes d\u2019en profiter pour nous d\u00e9gourdir les jambes. C\u2019\u00e9tait une\nbelle et fra\u00eeche journ\u00e9e d\u2019automne, sur une route sinueuse \u00e0 travers champs. \u00c0\ndroite, au pied d\u2019une colline moussait un petit bois sombre. Il avait quelque\nchose de myst\u00e9rieux, j\u2019imagine. Je ne pus m\u2019emp\u00eacher d\u2019avancer dans sa\ndirection, assurant mes compagnons que je serais vite de retour. Les\nr\u00e9parations prenaient du temps et le cr\u00e9puscule se faisait d\u00e9j\u00e0 sentir. L\u2019air\nfra\u00eechissait, le ciel se teintait de rouge. Le chant des grillons, et du\nmarteau sur le bois, la m\u00e9lodie d\u2019une conversation et le p\u00e9piement d\u2019oiseaux\ninvisibles \u2013 une qui\u00e9tude impromptue et appr\u00e9ci\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>Le petit bois s\u2019ouvrit devant mes pas,\naccueillant. J\u2019avan\u00e7ai \u00e0 pas s\u00fbrs, curieux des esp\u00e8ces d\u2019arbres, effleurant\nd\u2019une main admirative les n\u0153uds centenaires des troncs, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019instant o\u00f9\nsoudain cela me frappa. Un silence absolu. La brise qui avant faisait danser\nles bl\u00e9s semblait s\u2019\u00eatre \u00e9teinte tout soudain \u2013 pas une feuille ne bruissait.\nLe sol, tendre sous mes souliers de cuir, restait muet \u00e0 mes pas. Il ne faisait\nni sombre, ni clair, la lumi\u00e8re \u00e9tait douce, \u00e9vanescente, l\u00e9g\u00e8rement bleue. La\npens\u00e9e me traversa l\u2019esprit de rejoindre mes compagnons, mais\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il hausse les \u00e9paules, et j\u2019acquiesce. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il est des myst\u00e8res qui nous s\u00e9duisent,\nj\u2019imagine. Je poursuivis mon chemin dans les profondeurs du bois, et soudain,\nj\u2019\u00e9tais au pied de la colline, la nuit immense et \u00e9toil\u00e9e au-dessus de ma t\u00eate.\nMais la diligence n\u2019existait plus. Il n\u2019existait plus que cette lueur\ntremblante \u00e0 la lisi\u00e8re du ciel. La distance semblait insurmontable, mais cette\nlueur perch\u00e9e sur la colline, elle\u2026 elle m\u2019invitait, n\u2019est-ce pas&nbsp;? Il y\navait l\u00e0, un feu, s\u00fbrement, une \u00e2me qui veille, une histoire, sans doute. La\nnuit s\u2019approfondissait \u00e0 mesure que je grimpais, et mon esprit n\u2019entendait\nqu\u2019une chose, le gr\u00e9sillement de l\u2019\u00e2tre, la respiration profonde de la maison\nqui m\u2019attendait. <\/p>\n\n\n\n<p>Le chemin me parut long, mais la nuit \u00e9tait\ntoujours pleine lorsqu\u2019enfin j\u2019atteignis la petite cour qui l\u2019ornait. Elle\n\u00e9tait petite, de pierres cossues, le toit bas et aplati, charmante \u00e0 tous\npoints de vue. Je ne me souviens pas de la porte&nbsp;: \u00e9tait-elle\nouverte&nbsp;? ferm\u00e9e&nbsp;? Ai-je m\u00eame frapp\u00e9&nbsp;? Qu\u2019importe, le feu cr\u00e9pitait\ndans l\u2019\u00e2tre, le couvert \u00e9tait sur la table, le bouquet de fleurs champ\u00eatres\nfrais dans son vase, mais nulle \u00e2me qui vive. Je fis le tour, rapidement,\nj\u2019appelai quelques fois. Rien. Seulement cette douceur ti\u00e8de du foyer. Je\nm\u2019assis pr\u00e8s de l\u2019\u00e2tre, dans un vieux fauteuil de cuir rouge semblable \u00e0\ncelui-ci.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/light-fold.art\/ch\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Corpsdetexte_1_Bachelard-1024x736.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-84\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Il effleure d\u2019une paume amoureuse le cuir tann\u00e9\npar les ann\u00e9es. \u00c0 ses yeux voil\u00e9s, je le sens habit\u00e9 du souvenir de cette\nnuit-l\u00e0, je le sens se r\u00e9chauffer au feu de jadis, parcourir du regard le bois\nd\u2019un parquet lointain. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;J\u2019ai d\u00fb m\u2019endormir, car soudain, la\ntemp\u00eate frappa les murs avec une violence inou\u00efe. Le vent sifflait comme une\narm\u00e9e de serpents \u00e0 l\u2019assaut de la minuscule b\u00e2tisse. D\u2019un bond, je courus\nfermer les volets, qu\u2019une bourrasque m\u2019arracha presque des mains. Je me trompe\npeut-\u00eatre, peut-\u00eatre \u00e9tait-ce la peur si soudaine, mais je jurerais que le sol\ntremblait lui aussi, que les forces d\u00e9cha\u00een\u00e9es du ciel tentaient d\u2019arracher mon\nmaigre abri, mon vaillant abri \u00e0 ses racines. La meute hurlait, enfon\u00e7ait la\nporte, \u00e9branlait la pierre. Puis un \u00e9clair d\u00e9chira le ciel et le souffle de sa\ncol\u00e8re brisa la fragile r\u00e9sistance des volets et s\u2019engouffra dans la pi\u00e8ce. Et\nc\u2019est \u00e0 ce moment, dans la tourmente glac\u00e9e de la temp\u00eate, que je la d\u00e9couvris&nbsp;:\nune porte d\u00e9rob\u00e9e sous une tenture que le vent avait arrach\u00e9e. Apr\u00e8s un dernier\nregard sur le chaos qui d\u00e9figurait l\u2019intimit\u00e9 du s\u00e9jour, je m\u2019engouffrai dans\nl\u2019escalier que dissimulait la porte, et m\u2019enfon\u00e7ai dans les profondeurs\nt\u00e9n\u00e9breuses et insoup\u00e7onn\u00e9es de la maison.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il se l\u00e8ve tout doucement, s\u2019approche \u00e0 petit\npas, le dos courb\u00e9, d\u2019un secr\u00e9taire sans \u00e2ge et en tire sa tabati\u00e8re. Il reste\nimmobile un instant, la main suspendue dans l\u2019air, puis secoue doucement la\nt\u00eate. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Ce que je vais te raconter maintenant,\nje ne l\u2019ai jamais dit \u00e0 personne. J\u2019ai parl\u00e9 des souterrains, bien s\u00fbr, du\nr\u00e9seau fascicul\u00e9 et sombre dans lequel je me suis perdu des heures durant, j\u2019ai\nparl\u00e9 des escaliers, des pierres froides et humides sous mes doigts, j\u2019ai m\u00eame\nparl\u00e9 des courants d\u2019air qui me soufflaient des secrets, des voix presque tues\nqui me contaient leurs histoires\u2026 Non, c\u2019est vrai, \u00e7a je ne l\u2019ai pas racont\u00e9\nnon plus. J\u2019ai seulement parl\u00e9 des couloirs interminables et de l\u2019obscurit\u00e9\ntotale. Mais ce que j\u2019ai toujours tu, je vais te le dire \u00e0 toi, parce que tu as\nles \u00e9tages qu\u2019il faut pour accueillir tout cela. Tu ne croiras peut-\u00eatre pas au\nsouvenir, mais tu accueilleras l\u2019image, n\u2019est-ce pas&nbsp;? C\u2019est si lointain,\nque c\u2019est forc\u00e9ment beau vu d\u2019ici. Ce que j\u2019ai v\u00e9cu cette nuit-l\u00e0, j\u2019en r\u00eave\nencore la nuit, maintenant que le poids des ans m\u2019interdit les escaliers\ntortur\u00e9s qui m\u00e8nent aux myst\u00e8res. J\u2019en ai cherch\u00e9 d\u2019autres, de ces\nescaliers-l\u00e0, tu sais\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En a-t-il trouv\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Mais un autre jour. Aujourd\u2019hui, c\u2019est\nces souterrains comme les racines d\u2019un arbre mill\u00e9naire que je veux te conter.\nJe m\u2019enfon\u00e7ai donc dans les profondeurs, et le noir \u00e9tait total. Puis les\ncourants d\u2019air sont venus \u00e0 ma rencontre et m\u2019ont tenu compagnie. C\u2019\u00e9tait un\nmurmure discret, des bribes de r\u00e9cit, de souvenirs, j\u2019entendais parler d\u2019une\nanc\u00eatre, de son peigne, j\u2019entendais des hommes rouler les f\u00fbts de vin,\nj\u2019entendais les enfants courir et les femmes conter les histoires d\u2019antan.\nC\u2019\u00e9tait un murmure lumineux, et j\u2019avan\u00e7ai sans crainte. Je traversais des\nm\u00e9moires tiss\u00e9es dans les murs, elles s\u2019\u00e9veillaient sous mes doigts et\nm\u2019int\u00e9graient \u00e0 leurs flots d\u00e9sordonn\u00e9s. Je percevais le profil d\u00e9licat d\u2019une\njeune fille dans la lumi\u00e8re tremblante d\u2019une bougie, la main potel\u00e9e d\u2019un\nenfant dans la main parchemin\u00e9e d\u2019un vieillard\u2026 J\u2019eus l\u2019impression de quitter\nles fronti\u00e8res de ma personne et je m\u2019\u00e9merveillais de l\u2019infini splendide de\nl\u2019humanit\u00e9. De son \u00e9ternel retour, de son \u00e9ternelle nouveaut\u00e9, de son \u00e9ternelle\nsimilitude. Et ces murmures prenaient forme. Non, ils prenaient lueur. Ils\n\u00e9taient \u00e9vanescence dans la p\u00e9nombre, tremblaient comme la flamme d\u2019une bougie,\net m\u2019ouvraient l\u2019espace pour que j\u2019avance confiant.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/light-fold.art\/ch\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Corpsdetexte_2_Bachelard-1024x720.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-85\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Et l\u2019espace s\u2019est ouvert, immense, d\u2019un coup. Une\ncave \u2013 une grotte&nbsp;! baign\u00e9e d\u2019une eau mill\u00e9naire, dense comme un nectar,\nsombre et travers\u00e9e de lueurs comme l\u2019\u00e2me est travers\u00e9e de souvenirs. Elle\nrespirait, j\u2019en suis s\u00fbr, un lent mouvement des profondeurs qui n\u2019atteignait\npas la surface, polie comme un joyau. Elle respirait en moi comme un second\nsouffle, et chaque inspiration me rapprochait des rives de l\u2019imm\u00e9morial.\nL\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re y reposait. Il eut pu s\u2019\u00e9couler des jours entiers, des\nann\u00e9es. Je n\u2019avais plus vingt ans, tu sais. J\u2019avais l\u2019\u00e2ge de l\u2019oubli, du\nmiracle. Ni mon visage, ni mon histoire\u2026 Seulement cette pr\u00e9sence. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Puis une vo\u00fbte, sur ma droite, que je n\u2019avais\npas encore remarqu\u00e9e. En flottant, je quittai cet endroit sans nom, et\nj\u2019entrepris une lente ascension. L\u2019espace \u00e9tait soudain \u00e9troit, allong\u00e9 \u00e0 la\nverticale sans fin perceptible. L\u2019escalier en colima\u00e7on masquait le tournant \u00e0\nvenir, et le bois craquait sous mes pieds. Je n\u2019aurais su dire o\u00f9 se trouvait\nla surface de la terre, o\u00f9 ses entrailles, o\u00f9 la vo\u00fbte \u00e9toil\u00e9e. Les coordonn\u00e9es\ndu monde n\u2019avaient plus prise sur ces espaces qui m\u2019avaient accueilli. <\/p>\n\n\n\n<p>Je d\u00e9bouchai finalement dans un cocon de bois.\nLe plafond \u00e9tait haut et vo\u00fbt\u00e9, la courbe des murs habill\u00e9e de lambris d\u2019un\nbrun profond, au centre de la pi\u00e8ce, sur le parquet, des gravures fines\nesquissaient des arabesques myst\u00e9rieuses, et une lumi\u00e8re diffuse, chaude comme\nle cuivre, embrassait la sc\u00e8ne avec d\u00e9licatesse. Je ne pus distinguer la source\nlumineuse, elle semblait \u00e9maner du bois lui-m\u00eame, affleurer \u00e0 sa surface comme\nl\u2019\u00e2me se distingue dans un sourire. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019autre bout de la pi\u00e8ce, le dos arrondi,\nblotti contre le mur, se dressait une armoire. De celles qui ont v\u00e9cu le\npassage des g\u00e9n\u00e9rations, n\u00e9es jadis de la main calleuse et habile d\u2019un \u00eatre\nsimple. Le bois \u00e9tait massif, il avait travaill\u00e9 pendant des d\u00e9cennies et\nportait la patine des mains admiratives qui l\u2019avaient choy\u00e9. Elle \u00e9tait\nsilencieuse sans l\u2019\u00eatre vraiment. Elle rayonnait son histoire. Elle \u00e9tait\nferm\u00e9e, bien s\u00fbr, mais elle vibrait \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019on l\u2019ouvre \u00e0 nouveau, \u00e0 l\u2019id\u00e9e\nde r\u00e9v\u00e9ler ses secrets les plus intimes. C\u2019est la beaut\u00e9 de l\u2019armoire&nbsp;:\nd\u2019aucuns pensent qu\u2019elle enferme ses biens, mais elle ne prot\u00e8ge les richesses\nen son sein que dans l\u2019attente de les offrir. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avan\u00e7ai d\u2019un pas h\u00e9sitant. Ouvrir une porte,\nc\u2019est un moment solennel. Ouvrir une porte qu\u2019un autre a ferm\u00e9, davantage\nencore. D\u2019une main, je caressai la cl\u00e9 quelques instants. Elle fr\u00e9missait\nautant que moi. Je pris ma respiration, et d\u2019un tour, je r\u00e9v\u00e9lai l\u2019int\u00e9rieur de\nla belle armoire. Elle ne grin\u00e7a pas et m\u2019offrit la p\u00e9nombre la plus totale. On\ne\u00fbt dit que ses tablards s\u2019\u00e9taient retir\u00e9s au plus lointain de son espace,\nblottis dans la nuit r\u00e9confortante de ses profondeurs. Je restai immobile, \u00e0\nl\u2019\u00e9coute, curieux des surprises que rec\u00e8lent les trous noirs. Et soudain, un\nmurmure, un murmure de souterrain. D\u00e9licatement, un brin fragile de lumi\u00e8re\napparut, comme l\u2019abeille se glisse hors du rayon. Il flottait l\u00e0, au c\u0153ur de\nl\u2019armoire, puis sous une impulsion soudaine, il s\u2019enroula sur lui-m\u00eame, se lova\ndans sa propre lueur et comme une inspiration, prit de l\u2019ampleur. Je distinguai\n\u00e0 pr\u00e9sent les plis nets et l\u2019odeur lavand\u00e9e du linge, mais je ne pouvais\nd\u00e9tacher mon regard de ce petit \u00eatre de lumi\u00e8re dont l\u2019intensit\u00e9 grandissait \u00e0\nmesure qu\u2019il tournait vite, toujours plus vite sur lui-m\u00eame. Je me trouvai\nsoudain envelopp\u00e9 de sa chaleur, \u00e9bloui de son \u00e9clat, et la pi\u00e8ce toute enti\u00e8re\nentra dans son tourbillon, de mati\u00e8re se fit \u00e9nergie. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/light-fold.art\/ch\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Corpsdetexte_3_Bachelard-1024x735.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-86\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Combien de temps&nbsp;? Je ne sais. Puis\nl\u2019oc\u00e9an lumineux o\u00f9 je baignais se contracta et me voici, devant l\u2019armoire, la\nmain droite toujours sur la cl\u00e9, et dans l\u2019abysse que je contemplai alors, se\ntenait maintenant une lune rousse dans le vaste espace constell\u00e9 d\u2019\u00e9toiles.\nJ\u2019eus le vertige et je r\u00e9sistai avec peine \u00e0 l\u2019appel de cette immensit\u00e9 sous\nmes pieds. Le ciel entier s\u2019ouvrait comme un gouffre. Une douce voix, presque\ninaudible, s\u2019\u00e9leva des profondeurs et s\u2019intensifia jusqu\u2019\u00e0 devenir\nassourdissante. Je ne comprenais pas les mots, mais la force de cette voix me\ntransper\u00e7ai. Je tentai de me boucher les oreilles mais je ne trouvai plus mes\nmains. La voix m\u2019aspira jusqu\u2019au firmament o\u00f9 elle se r\u00e9solut en une splendide\nexplosion qui souffla les derniers limbes de mon esprit.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il se tait un instant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La voix de mon compagnon me tira de mon\nsommeil. La diligence \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 repartir. Une \u00e9norme lune rousse \u00e9clairait\nla route, et du fond des \u00e2ges, une voix murmura&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/light-fold.art\/ch\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Corpsdetexte_4_Bachelard-1024x620.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-87\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>La fleur est toujours dans l\u2019amande.&nbsp;\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le feu cr\u00e9pite dans l\u2019\u00e2tre. \u00ab&nbsp;Je devais avoir vingt ans.&nbsp;\u00bb Une d\u00e9licate volute de fum\u00e9e s\u2019\u00e9l\u00e8ve dans la pi\u00e8ce. 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